Mon prof de philo est loin… Mais ChatGPT offre un debat passablement interessant. Ajd c’est:
comparer l’analyse du Mépris de Godard avec une lecture féministe contemporaine plus radicale (Mulvey, hooks)
Allons-y, mais en tenant la nuance, sinon on rate ce que Le Mépris fait de vraiment intéressant.
Je te propose une double lecture:
- Primo Laura Mulvey (regard, dispositif)
- Segondo bell hooks (regard oppositional, race/classe, position du spectateur)
Lecture Mulvey : Le Mépris comme cas d’école du male gaze
Mulvey (1975) dirait, sans hésiter :
Le Mépris met en scène et reproduit le regard masculin.
Points forts de cette lecture
- Le corps de Bardot est fragmenté, évalué, commenté (la scène d’ouverture est imparable).
- Camille est regardée avant d’être comprise.
- Le récit épouse le point de vue de Paul: Son incompréhension devient la structure même du film.
Dans une lecture mulveyenne stricte :
- le film critique le regard masculin,
- mais en l’utilisant sans le casser complètement.
Problème classique chez Godard: Il montre le piège, mais continue d’y opérer.
Mulvey dirait probablement :
la distance critique n’empêche pas la reproduction du plaisir scopique.
Là où Mulvey est insuffisante pour Le Mépris
Et c’est là que ça devient intéressant.
Mulvey pense surtout :
- spectateur masculin,
- femme comme objet,
- dispositif binaire.
Or Le Mépris résiste à cette binarité :
- Camille ne joue pas le jeu narratif attendu.
- Elle cesse de performer le désir.
- Elle ne “meurt pas pour faire sens”.
Son silence est un court-circuit du regard. Le film laisse le male gaze en échec.
Lecture bell hooks : le regard oppositional
hooks apporte un déplacement décisif.
Elle dirait :
la question n’est pas seulement qui regarde, mais depuis quelle position sociale on regarde.
Hooks permet de voir que Camille peut être lue comme une figure qui refuse la lisibilité. Son retrait est un geste actif, un geste de refus de coopération symbolique.
Elle n’essaie pas :
- d’expliquer,
- de convaincre,
- de “réparer” Paul.
Elle se désengage.
Dans une lecture hooksienne, le spectateur n’est pas obligé d’adhérer au point de vue de Paul. Il peut adopter un regard contre-hégémonique, lire le film à rebours:
- Camille n’est pas “incompréhensible”.
- Elle est ininterprétable volontairement.
hooks vs Mulvey : là où Le Mépris bascule
Mulvey voit surtout une femme piégée par le dispositif.
hooks permet de voir : une femme qui cesse d’alimenter le dispositif.
Camille ne prend pas la parole. Elle retire son affect. C’est une stratégie souvent invisibilisée dans les récits classiques — et très reconnaissable aujourd’hui (burnout relationnel, désengagement, “quiet quitting” émotionnel).
Et Godard là-dedans ?
Lecture féministe radicale honnête :
- Godard ne libère pas Camille.
- Il ne lui donne pas la maîtrise du récit.
- Il la fait mourir (ce qui reste problématique).
Mais :
- il filme l’échec masculin sans compensation,
- il refuse toute réconciliation,
- il ne transforme pas la mort en sens.
Camille ne devient ni muse, ni victime rédemptrice.
Synthèse (version 2026)
- Mulvey : le film expose mais reproduit le male gaze.
- hooks : le film permet un regard dissident, non coopératif.
- Godard : coincé entre les deux, mais assez lucide pour laisser le système se fissurer.
On pourrait dire :
Le Mépris n’est pas un film féministe, c’est un film sur l’échec du pouvoir masculin à produire du sens.
Seven Days in May (1964)